Le projet « Les minorités à la guerre » permet aux apprenants de diversifier leur recherche historique sur la Première Guerre mondiale. À l’aide de documents de sources primaires, y compris des dossiers du personnel militaire, des journaux de guerre et des dossiers de recensement, les apprenants peuvent explorer les expériences des soldats noirs et autochtones et des femmes qui ont servi au sein du Corps expéditionnaire canadien lors de la Première Guerre mondiale. Les participants au projet développeront les compétences nécessaires pour utiliser différents ensembles de données primaires et d’appliquer les concepts de la pensée historique. Les apprenants examineront des preuves documentaires en vue de produire un résumé biographique de l’expérience militaire de chaque personne ayant servi, selon une approche de recherche semblable à celle utilisée par les historiens.
L’examen des expériences de minorités en 1914-1919 du point de vue d’un historien requiert de nombreuses tâches, notamment déchiffrer l’écriture cursive, apprendre la nomenclature historique utilisée dans les documents militaires et les dossiers de recensement, et se familiariser avec l’histoire de la participation du Canada à la Grande Guerre. Il est particulièrement important d’explorer les questions de continuité et de changements en ce qui a trait à la situation des personnes de couleur et des femmes au Canada, et les inégalités qu’elles ont subies. Dans le cadre du processus de recherche, les élèves constateront comment les concepts de la pensée historique s’entrecroisent, et comment l’accumulation de preuves documentaires et la création de liens entre celles-ci et des sources fiables publiées donnent un produit qui révèle beaucoup de choses sur l’expérience de chaque personne qui a servi. Par extension, les apprenants sont encouragés à examiner la façon dont on commémore le service militaire de chaque individu et dont on lui rend hommage.
Le projet comprend une plateforme interactive et un portail de données qui met à contribution les renseignements recueillis par les apprenants participants et leurs pairs. Le portail de données permet aux éducateurs et aux apprenants de dresser un inventaire de l’expérience d’une personne qui a servi et des renseignements à son sujet, les compilant pour examiner les tendances qui ressortent des données. De cette façon, les apprenants contribuent à l’élaboration des documents historiques à mesure que les données compilées seront mises à la disposition des historiens et des membres de la collectivité.
Ce projet tire profit de la numérisation récente par Bibliothèque et Archives Canada de plus de 600 000 dossiers du personnel militaire. Il est pertinent pour les programmes d’études et appuie les discussions nécessaires sur les inégalités, le racisme et l’inclusion qui ont cours présentement partout au Canada. Les résultats aideront à sensibiliser les partenaires communautaires et le public en général aux contributions historiques que les soldats noirs et autochtones et les infirmières militaires ont apportées lors de la Grande Guerre.
Le travail de recherche dans les dossiers de personnel est une expérience très enrichissante qui pose toutefois certaines difficultés. À première vue, les dossiers de personnel peuvent être difficiles à lire et à interpréter. Après une lecture attentive, ils soulèvent souvent des questions qui se rapportent à des sujets complexes et à de grandes idées.
Chaque dossier du personnel militaire que vos élèves et vous allez rencontrer donne l’occasion de poser des questions et de dégager de grandes idées et de grands thèmes au sujet de l’histoire du Canada, et de faire des liens entre le passé et le présent. Parfois, ces liens sont susceptibles de susciter des discussions difficiles au sujet du racisme envers les Noirs au Canada et des systèmes d’oppression qui continuent d’avoir des répercussions sur les communautés noires de nos jours. Ces discussions ne doivent pas être accablantes. Nous vous encourageons à considérer les dossiers de personnel comme un outil pour vous aider à engager et à guider vos élèves dans ces discussions nécessaires et importantes.
La conscience historique canadienne du 2e Bataillon de construction ségrégué peut donner l’impression que les soldats noirs n’ont pas servi dans les unités de première ligne et qu’ils étaient employés uniquement comme travailleurs. Les preuves documentaires rassemblées ici révèlent qu’une grande proportion de soldats noirs ont servi dans des postes non combattants, souvent dans le Corps forestier canadien. Cependant, de nombreux soldats noirs ont également servi dans des unités d’infanterie de première ligne, des unités d’ingénierie et même certaines unités d’artillerie dans tout le Corps expéditionnaire canadien (CEC) et ont contribué à tous les types de travaux liés à la guerre. Une comparaison entre les unités de travail et les unités de première ligne offre l’occasion d’examiner comment différents types de service étaient perçus et ce qui a contribué à l’ensemble de l’effort de guerre canadien.
Pendant que les apprenants de votre classe se pencheront sur la façon dont leur soldat a contribué à l’effort de guerre, il y a deux points qu’ils devront garder à l’esprit. Premièrement, il était fréquent que des volontaires noirs soient rejetés par les commandants lorsqu’ils tentaient de s’enrôler dans des bataillons d’infanterie et d’autres unités de combat, souvent en raison du racisme envers les Noirs et des idées fausses sur leur capacité de servir dans l’armée. Deuxièmement, bien que l’histoire canadienne mette en lumière les accomplissements des unités d’infanterie et d’autres opérations de première ligne, les unités de travail étaient une composante essentielle de l’effort de guerre du Canada, car elles fournissaient les matériaux de construction, les travaux routiers et le transport nécessaires pour assurer l’efficacité des unités d’infanterie sur le front. Les deux types de service aident à notre compréhension générale du Corps expéditionnaire canadien et à notre compréhension de la façon dont les soldats noirs ont fait leur chemin dans l’armée.
Des Canadiens noirs ont été régulièrement conscrits dans l’armée dans la dernière année de la guerre. Le conflit a pris fin avant que beaucoup n’aient terminé leur formation militaire au Canada, mais de nombreux Canadiens noirs conscrits se sont rendus dans les bases canadiennes au Royaume-Uni et quelques-uns ont même servi en première ligne en France. La question de la conscription demeure l’une des plus importantes controverses à avoir émergé de la participation canadienne à la Première Guerre mondiale en raison de la division qu’elle a créée entre le Canada français et le Canada anglais. Les communautés noires étaient aussi divisées sur la question de la conscription. À cause du racisme anti-Noirs qui prévalait, de nombreux Canadiens de race noire n’ont pas été autorisés à s’enrôler volontairement dans le CEC dans les premières années du conflit. Lors de l’adoption de la conscription en 1917, beaucoup de Canadiens noirs estimaient qu’ils ne devaient pas être obligés de servir dans l’armée parce qu’on leur avait auparavant refusé la possibilité de s’enrôler en raison de leur race.
Les dossiers militaires ne rendent malheureusement pas compte des situations où des personnes n’ont pas pu s’enrôler à cause du racisme envers les Noirs, pas plus que les listes de conscription ne fournissent de renseignements sur les tentatives faites antérieurement par les recrues pour s’enrôler. Cependant, nous vous encourageons à explorer, avec les apprenants de votre classe, la façon dont la conscription a touché les communautés noires différemment des communautés blanches.
Une question importante qui émerge lorsqu’on fait des recherches dans les dossiers de personnel de soldats noirs est la façon d’identifier des personnes de diverses origines qui ont vécu dans le passé. Les dossiers de personnel ne mentionnent pas toujours explicitement les origines raciales ou ethniques d’un soldat. Parfois, cette information est mentionnée comme un détail dans ses antécédents médicaux, parfois elle est clairement écrite sur sa feuille d’engagement, mais souvent les dossiers de personnel ne fournissent aucune preuve certaine des origines raciales ou ethniques d’un soldat. Dans de tels cas, la question qui se pose est la suivante : quels documents et quels renseignements peut-on utiliser pour déterminer les origines raciales d’un soldat?
Les dossiers de personnel contenus dans la base de données sur les soldats noirs ont été vérifiés par notre équipe de recherche. Il a été confirmé que tous appartiennent à des soldats issus de communautés noires du Canada ou d’autres régions de l’Empire britannique. Cependant, nous vous encourageons à amener vos élèves à réfléchir à cette question, en leur demandant de chercher, dans le dossier de personnel, des détails susceptibles d’indiquer la race de leur soldat, et de consulter d’autres sources primaires pour vérifier l’identité de leur soldat. Les indices contenus dans les dossiers de personnel peuvent varier. Par exemple, certains soldats du CEC sont nés dans les colonies britanniques des Antilles britanniques, qui comptaient des communautés noires beaucoup plus grandes. Toutefois, des colons blancs étaient également établis dans ces colonies, de sorte que le lieu de naissance ne permet pas de déterminer la race avec certitude. Les élèves devraient tout de même explorer les documents de leur soldat afin de voir d’où sa famille était originaire et à quel moment elle a immigré au Canada. Un autre indice à considérer est l’adresse du soldat indiquée dans son dossier de service. Dans plusieurs provinces, des communautés noires se sont formées autour de certaines villes et dans certains lieux de peuplement. Ainsi, la région de Preston, en Nouvelle-Écosse, et les localités de North Buxton et d’Oro, en Ontario, sont deux endroits reconnus pour la taille de leur population noire au début du 20e siècle. Il est utile d’explorer cette avenue, surtout si les dossiers de personnel que vous analysez ont des liens avec votre région. Peut-être y a-t-il encore des descendants de ces soldats qui résident dans la région. Quels que soient les indices qu’ils découvriront, vous devriez encourager les apprenants à considérer la façon dont les Noirs sont arrivés dans ce pays, en soulignant les séquelles de la traite transatlantique des esclaves et la présence de la diaspora africaine.
Les déplacements sont une caractéristique fondamentale de l’histoire des Canadiens noirs : le déplacement de personnes emmenées ici de force en tant qu’esclaves de colons blancs français ou britanniques, la venue de personnes libres et d’esclaves lors de la réinstallation de Loyalistes au Canada, le mouvement de personnes en quête de liberté arrivées avant, pendant et après la guerre civile américaine, la migration vers le nord de personnes qui ont fui l’oppression des lois « Jim Crow » sur la ségrégation, le (re)peuplement des Prairies canadiennes dans le cadre de programmes de concession de terres, l’immigration en provenance des Caraïbes et son lien avec la construction du chemin de fer à travers l’Ouest canadien. Un grand nombre de ces déplacements ont été motivés par des conflits, le colonialisme et la violence, qui ont eu des répercussions profondes et durables sur les communautés noires. Par conséquent, l’histoire des Canadiens noirs est, à bien des égards, une histoire mondiale qui unit des peuples et des cultures pour former une histoire qui rejette les simples mises en récit et que les collections d’archives permettent difficilement de documenter. Il est difficile de raconter l’histoire de ces personnes, en particulier si l’on ne croit pas partager les expériences de sujets historiques. Cette difficulté peut nous inciter à nous demander si, en tant que chercheurs et historiens, nous devons tenter de comprendre ces récits, et comment nous pouvons le faire d’une manière responsable qui mette en évidence notre humanité commune et qui reconnaisse l’héritage et la persistance du racisme envers les Noirs au Canada.
Chaque dossier de personnel d’un soldat autochtone que vos élèves et vous allez rencontrer donne l’occasion de poser des questions au sujet d’une Première Nation ou d’une communauté autochtone en particulier, de sa population, de son territoire et de sa relation avec la collectivité locale et la nation canadienne, et de faire des liens entre le passé et le présent. Les documents qui traitent de l’expérience des Autochtones portent le legs du colonialisme et de la violence, ce qu’on ne peut pas ignorer dans l’esprit des appels à l’action lancés par la Commission de vérité et réconciliation de 2015. Nous espérons faire ressortir plusieurs éléments sur lesquels vos élèves pourraient se concentrer à mesure qu’ils se familiarisent avec les dossiers de personnel des soldats autochtones.
L’un des éléments clés qui émergent de certains de ces dossiers de personnel est la relation qui existe entre le service militaire et le système des pensionnats autochtones. Cette relation met en évidence les recoupements entre des individus, leur service militaire et leurs familles. Certains soldats avaient déjà été des élèves de pensionnats autochtones et certains ont été recrutés alors qu’ils vivaient encore dans un pensionnat. Dans d’autres cas, un soldat autochtone avait peut-être des frères ou même de ses propres enfants qui résidaient dans un pensionnat. Les cas où la relation avec les pensionnats autochtones est explicite donnent l’occasion d’encourager vos élèves à approfondir leurs recherches sur l’histoire des pensionnats autochtones au Canada.
La relation avec les pensionnats autochtones est parfois moins explicite et apparaît lorsqu’on examine d’autres documents. Par exemple, il est fréquent que les élèves des pensionnats ou des externats soient identifiés comme des « détenus » dans les dossiers de recensement. Cela pourrait vous inciter ainsi que vos élèves à faire de plus amples recherches dans les dossiers de recensement pour déterminer le nom du pensionnat et les collectivités autochtones qui avaient des liens avec ce pensionnat.
Même si les dossiers de personnel et d’autres groupes de documents ne révèlent pas explicitement de lien avec un pensionnat, il existe peut-être un tel lien. Nous vous encourageons à poser des questions à vos élèves pour les inciter à réfléchir aux multiples conséquences du système de pensionnats autochtones. Par exemple, le Corps expéditionnaire canadien considérait que la capacité de lire et d’écrire en anglais était une compétence utile et qu’elle était une exigence pour que des soldats soient promus à des postes de responsabilité. Pour comprendre l’expérience militaire d’un soldat autochtone ayant le grade de lieutenant, un aspect important consiste à examiner où et comment il a fait ses études.
Si vous ou vos élèves souhaitez approfondir vos recherches sur le système des pensionnats autochtones, que ce soit en lien avec le dossier de personnel d’un soldat autochtone ou de façon générale, vous trouverez ICI des ressources supplémentaires qui faciliteront vos recherches.
Les dossiers de personnel indiquent parfois qu’un soldat a déserté son poste ou qu’il a été libéré du service pour une raison particulière. Dans certains cas, c’est là le portrait réel de la situation : des soldats ont effectivement déserté leur poste et, parfois, ils ont été jugés inaptes au service militaire pour des raisons médicales. Quand le dossier de personnel appartient à un soldat autochtone, il y a d’autres explications à envisager. L’explication la plus fréquente est que les dirigeants de la bande ou de la collectivité ont demandé que les soldats autochtones soient démobilisés parce que la communauté elle-même avait décidé de ne pas appuyer l’effort de guerre. Cela s’est produit avant et après l’adoption de la conscription. En raison de leur statut de pupilles de l’État canadien, il était largement entendu que les Autochtones ne pouvaient pas être obligés de servir dans l’armée, mais quand ces individus étaient libérés, on indiquait souvent dans les dossiers qu’ils étaient inaptes au service ou déserteurs. On ne sait pas exactement pourquoi ils étaient étiquetés comme déserteurs ou comme inaptes au service, alors qu’ils ont été légitimement libérés du service. Malheureusement, il est difficile de déterminer quand un soldat a simplement été étiqueté comme déserteur et quand il a bel et bien déserté. Il arrive que le dossier de personnel mentionne qu’une demande de libération a été soumise en son nom, mais ce n’est pas toujours le cas.
De même, lorsqu’un soldat a été dispensé parce que jugé médicalement inapte ou indésirable, il y a peut-être lieu de se poser des questions si la raison pour laquelle il a été jugé inapte ou indésirable n’est pas mentionnée. Le soldat a peut-être été rejeté pour des raisons légitimes, mais il est toujours possible que ce soit en raison de son identité autochtone. Encore une fois, il n’existe aucune façon satisfaisante de faire la différence entre ces possibilités. Cependant, simplement en soulignant qu’il y a de multiples façons d’interpréter un dossier de personnel, vous encouragez vos élèves à porter un regard critique sur les preuves historiques et à se poser des questions même quand ils et elles n’ont pas la réponse.
Comme pour toute source primaire, ces dossiers de personnel ont des limites qu’il importe de reconnaître. Premièrement, les dossiers ne permettent pas de savoir comment un individu donnait un sens à une expérience vécue. Ils peuvent nous dire où et quand un soldat s’est enrôlé, dans quelles unités il a servi et à quelles batailles il a pris part, mais ils ne peuvent pas nous dire les raisons qui l’ont incité à s’enrôler, s’il s’entendait bien avec ses camarades ou comment il se sentait durant les batailles. Bien qu’il soit tentant de tirer des inférences à cet égard, les dossiers de personnel en soi ne peuvent pas appuyer ce type d’enquête historique.
Les dossiers de personnel de soldats autochtones qu’on trouve dans la base de données du projet « Les minorités à la guerre » comportent une deuxième limite qu’il est important de reconnaître : la plupart des dossiers de personnel appartiennent à des Autochtones ayant le « statut d’Indiens inscrits ». La base de données de dossiers de personnel contient des noms provenant de diverses sources. Certains noms de soldats ont été soumis par des organismes communautaires ou des membres de leur famille. Un nombre considérable de soldats ont été identifiés lors de recherches menées dans les collections de documents détenues par Bibliothèque et Archives Canada (BAC), y compris des collections qui contiennent des lettres d’agents des Indiens qui suivaient le parcours de soldats autochtones relevant de leur autorité. Les soldats dont les dossiers figurent dans les collections de BAC sont considérés comme des Autochtones inscrits, car les Autochtones non inscrits ne relevaient pas de la compétence du ministère des Affaires indiennes. C’est pourquoi notre base de données offre une capacité limitée de mener des recherches sur les différences entre l’expérience des Autochtones inscrits et celle des Autochtones non inscrits pendant la Grande Guerre.
Les concepts d’Indien inscrit et non inscrit sont des catégories créées à l’époque coloniale en vue de diviser les populations autochtones et de conférer arbitrairement aux structures gouvernementales du Canada les pouvoirs nécessaires pour résoudre ce qu’on appelait le « problème indien ». Ces catégories ont eu des implications historiques et actuelles pour les peuples autochtones du Canada, alors que nous continuons de nous défaire des systèmes de violence coloniaux et de leurs vestiges. En soulignant que notre base de données contient avant tout des documents sur des individus identifiés comme Autochtones inscrits, nous voulons contester la perpétuation continue de ces catégories construites de toutes pièces, tout en reconnaissant les répercussions bien réelles qu’une telle catégorisation entraîne sur les peuples autochtones du Canada.
Les documents de sources primaires utilisés en appui au projet « Les minorités à la guerre », y compris les dossiers de personnel, soulèvent diverses questions : à qui appartiennent les documents, qui peut y avoir accès et qui devrait raconter des histoires au sujet des gens du passé? Si les organismes tels que Bibliothèque et Archives Canada disposent de règles législatives précises sur l’accès aux documents et leur utilisation, nous vous invitons, vos élèves et vous, à songer à votre rôle dans la construction de récits historiques. Certaines collections de documents, comme celles du ministère des Affaires indiennes, ont été compilées sans le consentement des personnes concernées par ces documents. D’autres collections, comme les dossiers de personnel et les journaux de guerre, renferment des renseignements que la personne a consenti à fournir et, peut-être aussi, des renseignements qu’elle n’a pas consenti à fournir. En outre, il est peu probable que les personnes se soient attendues à ce que leur dossier de personnel militaire soit rendu accessible pour des projets comme celui-ci au moment de leur enrôlement.
Pendant que nous construisons des récits, un aspect important pour bien comprendre le pouvoir que nous détenons en tant qu’historiens et chercheurs consiste à cerner les conséquences qui en découlent pour nous. Vous trouverez peut-être des renseignements personnels qui risquent d’être choquants pour vous en tant que chercheur, ou pour les membres des communautés autochtones. Il se peut également que vous trouviez un renseignement tout à fait nouveau au sujet d’un individu, un renseignement qui n’apparaît dans aucun autre document ou un détail qui s’est perdu dans le temps. Si on est souvent porté à prendre note de chaque détail et de chaque renseignement au sujet d’un soldat, il est parfois nécessaire de s’arrêter pour considérer les implications possibles de ce renseignement et la meilleure façon de le diffuser. En cours de recherche dans des documents relatifs aux peuples autochtones, lorsque des questions surgissent sur la façon de procéder avec vos élèves, nous vous recommandons de demander conseil à des membres de la communauté autochtone en question. Vous trouverez ICI de plus amples renseignements sur l’importance de promouvoir des liens communautaires.
Le travail de recherche dans les dossiers de personnel des infirmières militaires soulève pour les chercheurs certaines questions particulières qui se rapportent à des sujets complexes et à de grandes idées, tels que le sexe, la santé, la race et la classe sociale. Chaque dossier de personnel que vos élèves et vous allez rencontrer donne l’occasion de chercher à établir des liens entre le passé et le présent, et d’approfondir la réflexion sur l’importance de considérer la question du genre dans notre étude de l’expérience canadienne de la Première Guerre mondiale et au sein des forces militaires canadiennes du passé, du présent et de l’avenir.
Comme pour toute source primaire, ces dossiers de personnel comportent des limites. Premièrement, les dossiers ne permettent pas de savoir comment une personne donnait un sens à son expérience. Ils peuvent nous dire où et quand une infirmière militaire s’est enrôlée, dans quels hôpitaux elle a servi et pendant quelles périodes elle a servi, mais ils ne peuvent pas nous dire les raisons qui l’ont incitée à s’enrôler, si elle s’entendait bien avec les autres infirmières ou comment elle se sentait durant ces périodes. Bien qu’il soit tentant de tirer des inférences à cet égard, les dossiers de personnel en soi ne peuvent pas appuyer ce type d’enquête historique.
Les dossiers de personnel d’infirmières militaires qui se trouvent dans la base de données du projet « Les minorités à la guerre » comportent une deuxième limite qu’il est important de reconnaître : la plupart des infirmières militaires étaient issues des classes moyennes et supérieures, et parmi celles qui ont servi dans le CEC, il y avait peu de femmes de couleur, voire aucune. Certains facteurs contribuent à expliquer cette situation. Les écoles d’infirmières étaient hors de portée en raison des coûts prohibitifs qu’il fallait débourser pour les fréquenter. La vaste majorité des écoles étaient situées dans les grandes villes, de sorte que souvent les femmes devaient déménager pour les fréquenter, puis voir à subvenir à leurs besoins tout en assumant des frais de subsistance et autres.
Un autre facteur est l’extrême sélectivité des écoles d’infirmières au Canada. Pour être admissible à l’enrôlement comme infirmière militaire dans le Corps médical de l’Armée canadienne (CMAC), il fallait détenir un diplôme d’un programme d’études de trois ans en soins infirmiers, décerné soit au Canada, soit aux États-Unis. Les programmes en soins infirmiers au Canada étaient très sélectifs quant aux candidates qui y étaient acceptées. Bien des administrateurs de programmes estimaient que les femmes de couleur n’incarnaient pas les valeurs associées à la féminité : la gentillesse, la compassion, la pureté et la civilité. Les femmes de couleur qui désiraient s’inscrire à un programme en soins infirmiers étaient souvent obligées de se rendre aux États-Unis pour trouver une école qui accepterait de les admettre.
Les infirmières militaires étaient des femmes qui travaillaient dans des sphères traditionnellement masculines et formaient une organisation qui valorisait et protégeait la femme blanche. À ce titre, elles se situent à un point d’intersection fascinant où se croisent des questions de pouvoir, de sexe et de race comme des thèmes. En tant qu’organisation et à titre individuel, les infirmières militaires ont simultanément été confrontées à des inégalités en raison de leur sexe et contribué à l’oppression des femmes de couleur par l’application de limites très strictes fondées sur la race.
Cette tension n’a fait que s’accroître lorsque les infirmières militaires ont adopté une structure hiérarchique qui comprenait les grades de lieutenant/infirmière, de capitaine/infirmière en chef et de major/infirmière en chef. Les femmes de ces grades supervisaient le travail des infirmières militaires en général et formaient une structure de commandement au sein du corps infirmier militaire. Ces grades leur conféraient un statut d’officiers au sein du CMAC, ce qui les plaçait dans une position intéressante à la fois comme femmes et comme officiers. Elles exerçaient leur autorité dans les salles et les hôpitaux où elles travaillaient, y compris sur tous les patients masculins et les préposés aux soins qu’on y trouvait, mais contrairement aux officiers médicaux masculins, les infirmières militaires et les infirmières en chef n’avaient pas la capacité de prendre des décisions militaires. De plus, on les désignait seulement par le titre « infirmière » ou « infirmière en chef », jamais par les grades de « lieutenant » ou de « capitaine », conformément à la tradition britannique en soins infirmiers et aux idées de l’époque sur le sexe et le travail infirmier.
Bien que tous les dossiers médicaux contenus dans les dossiers de personnel soient du domaine public et ne fassent l’objet d’aucune restriction relative au respect de la vie privée, il y a certainement lieu de s’interroger sur l’éthique de l’utilisation, à des fins de recherche, de tels dossiers qui contiennent des renseignements personnels et délicats. Les personnes dont il est question dans ces dossiers médicaux n’ont pas consenti à ce que ceux-ci soient rendus publics des décennies après leur rédaction. Dans le cas des infirmières militaires, ce sont elles qui ont noté certains des renseignements dans les dossiers des patients, étant ainsi les créatrices d’une partie de ces renseignements. Toutefois, elles deviendraient elles aussi les sujets de leurs propres dossiers médicaux, que vos élèves et vous pourrez examiner à mesure que vous mènerez des recherches dans ces dossiers de personnel.
Les questions qui se posent alors sont les suivantes : qui a autorisé la divulgation de ces renseignements et, si les personnes dont il est question dans ces dossiers n’ont pas donné leur consentement, comment les chercheurs doivent-ils traiter ces dossiers? Les dossiers médicaux constituent une excellente ressource quand on étudie tant l’état de santé des soldats, que les soins des infirmières militaires. Non seulement ils procurent des renseignements sur le traitement des maladies et des blessures, mais ils peuvent aussi fournir aux historiens des indications sur d’autres concepts liés à la santé et au bien-être, comme le rôle que le sexe, la race et la classe ont joué dans le point de vue d’un médecin et le traitement de ses patients. Malgré toute la valeur de ces dossiers, il faut faire très attention lorsqu’on utilise ces documents à des fins de recherche, car il s’agit de renseignements personnels et confidentiels. Lorsque les apprenants de votre classe et vous utiliserez de tels dossiers, nous vous encourageons à vous demander comment les documents historiques sont créés et qui a son mot à dire dans la décision de rendre ces documents publics.
Vous pouvez cliquer sur les liens suivants pour effectuer une recherche parmi les soldats ou les infirmières militaires et constituer un ensemble de données qui convienne à vos étudiants compte tenu d’un certain nombre de champs appropriés (par ex. lieu de naissance, province, bataillon, nom, etc.). Comme enseignant, vous pouvez décider de vous concentrer sur les histoires d’un groupe en particulier (soldats noirs, soldats autochtones ou infirmières militaires) ou laisser les étudiants choisir la personne sur laquelle ils feront leur recherche.
Le portail de saisie des données offre aux étudiants un moyen d’enregistrer leur recherche à mesure
qu’ils progressent dans leur enquête. Chaque champ est automatiquement enregistré et peut être modifié
autant de fois qu’il est nécessaire.
Il existe des points d’entrée distincts pour chacun des modules :
Infirmières militaires
Soldats noirs
Soldats autochtones
Afin d’ouvrir une session dans le portail de saisie des données, les étudiants auront besoin d’un code d’accès commun. Vous pouvez en demander un ici :
Une fois que vous aurez reçu un code d’accès pour votre classe, vous aurez directement accès en tant qu’enseignant à tous les renseignements enregistrés dans le portail de saisie des données.
Le portail de l’enseignant permet de faire un suivi de l’activité de tous les étudiants, de leur progrès et des questions d’enquête auxquelles ils répondent, ce qui donne à l’enseignant un bref aperçu du travail de chaque étudiant.
Quand vous demanderez un code d’accès, vous obtiendrez des instructions sur la façon d’entrer dans le portail de l’enseignant.
Le temps que les classes consacrent généralement à la recherche dans les dossiers varie d’une classe à l’autre. Il est recommandé d’utiliser les dossiers de service comme point d’entrée dans les données de sources primaires. Les étudiants peuvent explorer individuellement les thèmes qui émergent ou en discuter toute la classe ensemble. Il est possible d’étudier en détail les six grands concepts de la pensée historique en se servant du dossier de service comme point de départ.
Certains enseignants ont recours à l’exploration dans les dossiers du personnel dans le cadre de leur activité finale. D’autres choisissent une approche axée sur deux semaines de travail intensif, tandis que d’autres reviennent sur l’exploration dans les dossiers tout au long d’un semestre.
La raison pour laquelle un homme noir s’enrôlait dans le Corps expéditionnaire canadien il y a un siècle est-elle différente comparativement à aujourd’hui? (Continuité et changement)
Quelle bataille est la plus importante d’un point de vue canadien? (Pertinence historique)
Pourquoi assiste-t-on à une augmentation du racisme envers les Noirs et à l’essor d’organisations qui véhiculent ce sentiment, dont le Ku Klux Klan, dans la société canadienne après le dénouement de la Première Guerre mondiale? (Causes et conséquences)
Pourquoi selon toi des hommes autochtones se sont-ils portés volontaires pour servir dans le CEC, comparativement à tout autre groupe? (Dimension éthique)
Pourquoi penses-tu que des infirmières militaires ont reçu le grade d’officier lorsqu’elles ont servi dans le Corps médical de l’Armée canadienne? (Perspectives historiques)